Olivier Tourny, CNRS, Université Aix Marseille
Abstract for the 13th Symposium of the ICTM Mediterranean Music Studies Group:
Music, Power, and Space: A Mediterranean Perspective
Lieu de la passion et de la mort du Christ, l’église du Saint-Sépulcre est le Saint des Saints de la Chrétienté. Elle n’est pourtant pas le lieu d’accueil de tous les Christianismes. Fruit des aléas de l’histoire et produit de stratégies politico-religieuses, seules les Églises grecques, latines, arméniennes, coptes et syriaques – et, dans une moindre mesure, éthiopiennes – y ont droit de cité. C’est ainsi que seules celles-ci se partagent l’édifice selon des règles établies par le Statu Quo de 1852, promulguées par le pouvoir ottoman de l’époque. En dépit de ces règles, la cohabitation entre ces Églises est un défi quotidien, troublé parfois par des querelles de périmètres, de droits et de devoirs non respectés. L’équilibre de cette cohabitation est cependant essentiel, dès lors que, au grée de leurs offices liturgiques respectifs, les communautés se succèdent et se croisent sur les lieux les plus saints du lieu – tels le Calvaire, la Pierre de l’Onction et le Tombeau du Christ. Si la liturgie catholique a fait de l’orgue son instrument iconique – plusieurs orgues sont implantées au Saint Sépulcre – les liturgies orthodoxes se reposent sur la voix humaine, dépourvue de tout accompagnement instrumental. Ce qui n’exclue toutefois pas la présence d’objets sonores à haute valeur symbolique. Dans un tel contexte, être au SaintSépulcre n’est pas seulement une question de cadastre. Pour chaque communauté, envahir l’espace de ses propres sonorités, c’est imprimer la marque de sa présence ; autant pour soi-même que pour les autres.
